La contagion familiale

Un enfant est jusqu’à 7 ans dans une disposition instinctive animale, c’est-à-dire qu’il prend les choses comme des faits sans avoir recours à une analyse de ceux-ci. Ainsi, au fur et à mesure du temps, des traits de caractère se perpétuent, eux-mêmes initiés par l’attitude des parents durant l’enfance. Ces mêmes traits de caractère qui nous irrite tant et dont on ne veut surtout pas ressembler. Cette réaction active par là même notre comportement en contradiction du leur, provoquant exactement ce comportement parental qui nous révulsait. D’ailleurs, à chaque fois que l’on prend conscience de ce lien, il se renforce, nous mettant dans une rage grandissante déterminée « à ne pas être comme eux ».

Sortir de ce cycle c’est rompre ce lien. Déjà faut-il avoir conscience qu’il entre en jeu dans nos échecs et nos réussites. Et si on va plus loin, on remarque que ce cycle est perpétuel, et qu’inlassablement les choses se répètent à nous faire crisser. Les mêmes situations se mettent dans nos pattes, avec d’autres couleurs mais toujours à revenir sur le tapis. Ce n’est pas la guigne, c’est que la leçon n’est toujours pas passée. Alors bien entendu ce sont nos actions, nos attitudes et nos décisions qui nous amènent sur ce chemin caillouteux, mais pas que…

            Le truc à retenir c’est que tout ce qu’il nous arrive est là pour une bonne raison : comprendre. Derrière chaque difficulté se trouve un enseignement. Tant qu’on ne veut pas aller à la confrontation il gravitera autour de nous et la répétition restera activée. Dans notre colère vis-à-vis des comportements familiaux, la seule façon de ne plus ressentir cette frustration, cette rancœur jusqu’à l’injustice, c’est d’aller chercher la raison de ces dits comportements.

            En tout honnêteté, les parents ont fait de leur mieux en fonction de ce que leurs parents avaient reçu de leurs parents et ainsi de suite. Bon ce qu’il se passe avec vous c‘est que trop c’est trop. Votre rapport à vos parents est trop conscient, « sage », et vous ne pouvez plus supporter davantage cette attitude néfaste. C’est la mobilisation de cette conscience sur leur propre passé qui permettrait finalement à un pardon de s’articuler.

            Pardonner ce n’est pas approuver, ça vient du latin per donare, littéralement « pour » et « donner », « faire don de quelque chose à quelqu’un », et s’il s’agissait de redonner sa responsabilité à l’autre, celle que vous avez prise. Le pardon est quelque chose que l’on s’offre lorsqu’on rend à celui qui nous a fait du mal ou du tort la responsabilité de ses actes. Pour cela il faut prendre en compte le fait qu’une relation avec un autre individu se constitue à 50% votre et à 50% sienne. En pardonnant on rend les 50% en trop qu’on s’est approprié et qui vivent en nous. D’autant plus qu’on prive à l’autre ses 50% de responsabilité et donc de sa possibilité de s’affranchir de ses actes.

Pardonner ce comportement du parent c’est rompre le lien tout puissant qui agit en nous. C’est comme briser la malédiction. Personnellement, je l’appellerais la malédiction du parent mal-aimé enfant. Derrière chaque parent il y a un enfant d’hier qui n’a pas été entendu dans sa singularité par ses propres parents.

La violence d’un parent envers son enfant, celle qui est morale, est une reproduction de l’enfance qu’il a vécue lui-même. Un parent critique est un parent qui a manqué d’encouragement et qui, maladroitement c’est certain, ne tolère pas que leur enfant gâche leur potentiel. Un parent à l’enfance difficile et pauvre, dont la vie aura été résignée, brutalisera ses enfants pour les rendre plus forts qu’il n’a pu l’être lui-même. Il y a bien de l’amour derrière ces attitudes, même si l’enfant subi de manière injuste les déboires de la vie passée du parent.

Alors ce pardon doit trouver sa source dans cet amour, dans cette violence possessive dont la volonté est que leur enfant ait une meilleure vie que la leur. Par contre, il y a aussi eu des parents qui on était parent malgré eux, encouragé par leur entourage ou par le commandement de la société, se retrouvant dans un rôle qu’il ne voulait pas. Des parents qui ont déporté sur leur enfant cette frustration, une colère intérieure qui les a totalement intoxiqué au point qu’elle parvient à les contrôler. Ces parents-là ne seront jamais de bon parent, tout simplement parce que leur enfant intérieur  est empoissonné à l’origine (mais ce n’est pas génétique). Ils doivent d’abord se pardonner pour être  en capacité d’être pardonné.

Ainsi tu comprendras que l’amour est intérieur, qu’il ne doit pas dépendre de nos proches, que notre charge affective est bien personnelle et non la responsabilité de notre entourage. Tu verras qu’une fois que tu t’aimeras comme tu aurais aimé qu’on t’aime, et que tu ne seras plus dans cet état d’injustice rigide, que tu auras débloqué ton cœur de ce manque ou de la frustration du comportement des autres, alors tu reprendras le contrôle des choses : la responsabilité de ton épanouissement, car c’est bien là tout ton pouvoir.

Il me semble important de préciser que cette prise de conscience, cette tolérance à t’offrir n’est pas de l’ordre de l’instantanée. Changer les choses, changer son état d’esprit, changer sa vision de la vie n’est pas quelque chose d’automatique ni même de théorique. L’expérimentation et le temps sont des alliés précieux pour authentiquement appréhender cette nouvelle possibilité, cette potentialité de modifier. C’est important de laisser le temps au temps, de digérer chaque étape, d’apprécier l’échec avec tolérance pour atteindre solidement et durablement cette réalisation intérieure.

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