Rencontre avec un zèbre

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Loin de cette caricature de l’intello à lunettes (cf. ‘Brillant Bosseur’) dans laquelle on les emprisonne, les surdoués (Dr. Julian de Ajuriaguerra) sont bien plus que cette image prétentieuse qui leur colle à la peau. En effet, cette appellation suppose une prédisposition à la compétitivité, une compilation primaire et un critère de performance, très réducteurs vis à vis de la complexité des surdoués. Et pour cause il est encore difficile de trouver une désignation qui convienne à ce profil atypique (en contradiction avec le profil neuro-typique rattaché à la population normale moyenne dominante). De nombreux spécialistes et chercheurs dévoués ont proposé de les appeler les « zèbres » (Cogito’Z – Jeanne Siaud-Facchin), les « Philo-cognitifs » (Fanny Nusbaum, Olivier Revol, Dominic Sappey-Marinier), « Atypique personne dans l’intelligence et l’émotion » (APIE – Jean-François Laurent), « Surefficient mental » (Association GAPPESM), « Enfant intellectuellement précoce » (EIP – Éducation nationale) ou encore « Haut Potentiel Intellectuel » (HPI),  terme le plus employé avec des superlatifs en fonction du QI (Quotient intellectuel).

Pour être directement concernée par la question ; et pour avoir été dans l’ignorance générale de ce que sont les surdoués il y a encore quelques mois ; je trouve toutes ces propositions intéressantes, correctes et discutables.  Finalement, peu importe comment nous nous faisons appeler, le plus important, pour moi, est de rétablir la vérité sur ce que nous sommes vraiment afin de faciliter le dialogue avec un entourage souvent désemparé.

D’ailleurs, un surdoué n’est pas forcément ce « Monsieur/Madame je sais tout », parfois il se cache derrière un élève en difficulté avec de la dyscalculie, de la dyslexie, de la dysphasie, de la dyspraxie, ou encore de la dysorthographie. Pour autant, bien qu’il semble difficile de les regrouper tant les profils sont singuliers et particuliers, on retrouve chez chacun d’entre eux des similitudes, une uniformité dans la façon de fonctionner, de raisonner. Plusieurs caractéristiques majeures se retrouvent chez ces personnes atypiques :

Hyperspéculation : Omniprésence de la pensée (« cognitomane ») avec un besoin compulsif, volontaire et inconscient de raisonner, interroger et extrapoler en permanence. Généralement la réflexion se fait en arborescence.

Hypersensibilité : Aptitude à s’émouvoir, à éprouver des sentiments d’humanité, de compassion et de tendresse pour autrui de manière forte, extrême voire exagérée. Elle s’apprécie en termes d’étendue.

Hypersensorialité : Réceptivité multiple et intense des sens hyper-développés (ouïe, odorat, toucher, goût et vue).

Hyperempathie : Captation instantanée de l’état émotionnel d’autrui avec des possibilités de télépathie.

Hyperémotivité : Souvent associé à l’hypersensibilité, il s’agit ici non pas des sens mais des émotions, elle s’apprécié en termes d’intensité. Les émotions se vivent avec un « trop plein » tel un ras-de-marais, autant les positives (joie, émerveillement) que les négatives (malheur, désespoir).

Hyperlucidité : Une attention forte (hyperréceptivité) et involontaire aux ‘petits détails’ jusqu’à une extra-lucidité (hyperconscientisation) de l’environnement et de ce qui le constitue.

Hyperaffectivité : Besoin permanent d’affection, d’encouragement et de contact serein et positif.

Hyperproprioception : « capacité à percevoir avec une extrême sensibilité les données extérieures et internes relatives au positionnement, à la coordination, au maintien et l’équilibre dans l’espace » (Cf. « Les Philo-cognitifs »)).

Hyperacuité : Hypersensibilité émotionnelle et hypersensorialité permettant « une interprétation des stimulations pour être en alerte et plus en phase avec le monde » (Cf. « Les Philo-cognitifs »). Étendue à la précognition dans des formes de clairvoyance, magnétisme (mesmérisme) jusqu’à la télékinésie et la médiumnité.

Hyperlatence : Effervescence mentale inconsciente permanente (également pendant le sommeil), réassemblant les expériences vécues pour les comparer avec celle présente et ainsi créer un modèle de compréhension et d’interprétation de la réalité.

Hypersynesthésie : Multi-sensorialité exacerbée associant de deux ou plusieurs sens (ex : les mots en couleurs, réaction épidermique à un mot etc). Cette stimulation sensorielle donne accès à une exceptionnelle mémorisation puisqu’elle associe deux ou plusieurs sens pour s’inscrire dans la mémoire.

Un surdoué peut ainsi se retrouver dans toutes ou plusieurs de ces facultés. La perception à laquelle est confrontée un surdoué est à haute fréquence (hyper), fine (qualitative) et pluri-cognitive (quantitative), ce qui leur permet de capter beaucoup d’éléments inaccessibles pour les autres.

Ainsi, le surdoué est entre l’exceptionnel et l’excessif, ayant accès autant à la Lumière qu’à l’Ombre, dans un extrême aussi positif que négatif. En proie à l’ennui (stimulation intellectuelle vitale), la culpabilité (injonction à réussir), l’insatisfaction (perfectionnisme compulsif), la solitude (hors norme et incompréhension d’autrui), l’incomplétude (quête identitaire et autocritique). Mais c’est aussi l’accès à quelque chose de plus grand, beau, intense et profond. Son exceptionnalité se traduit par une créativité et une imagination mirifiques, un altruisme compréhensif, un apprentissage efficient et multidisciplinaire. Tel un superpouvoir l’enjeu pour le surdoué est d’apprendre à le maitriser dans la Lumière et de veiller à se protéger de sa proximité avec l’Ombre.

Vivre avec une douance supérieure ne veut pas dire « être quantitativement plus intelligent mais de disposer d’une intelligence qualitativement différente » (Cf. « Trop Intelligent pour être heureux ? »). C’est l’association de ressources cognitives et intellectuelles à très haut niveau avec des capacités de compréhension, d’analyse, de sensibilité, d’émotivité, de réceptivité et de mémorisation hors norme « dont l’ampleur et l’intensité envahisse la pensée ». Leur hyperactivité cérébrale, à grande vitesse et multidirectionnelle, élargit les capacités de la pensée avec un surinvestissement ou un désinvestissement qui suggère d’être canalisée car leur perméabilité affective risque de provoquer une surcharge, une hyperréactivité émotionnelle et intellectuelle. Ainsi, la surdouance « est une force fragile qui peut briller et vous éblouir, mais se casser à la moindre secousse ».

Derrière le surdoué, une passivité dominante empreint d’une philosophie pratique et simpliste de la vie. Leur représentation d’eux-mêmes est aussi faible que leur passion de challenge et de détermination est forte. D’ailleurs, certains sont des rebelles et d’autres des rebelles ‘soft’, des sages organisant leur vie, maitrisant leur insatisfaction et leur besoin de reconnaissance. Le surdoué erre dans une existence en quête de sens, concerné par tout et tout le temps. Ce sera aussi ce grand rêveur, créatif s’il se l’autorise, autant émerveillé et sensible qu’enragé face à l’injustice, à l’image de son exceptionnel enthousiasme. Son hypermaturité est sans conteste et lui donne cette empathie bienveillante et confidente. Plus humble que la réputation jalousée validant leur sentiment de nullité. Cette suractivité cognitive permanente peut se retourner contre eux-mêmes, contre les autres, ou être une force pour eux-mêmes et pour les autres.

« Si nous faisons tout ce que nous sommes capables de faire nous en serions abasourdis » Thomas Edison.

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